Syracuse — 43.0469° N, 76.1444° W
Is there a better place than Sicily to discover the lemon?
A symbol of light and summer sun, it thrives across the entire Mediterranean basin. Yet here, on the eastern side of the island, near Syracuse, it seems to take root more deeply still. As if this volcanic land, shaped by wind and sea, offered it a singular ground for expression. Lemon trees are everywhere in Sicily. In gardens, in kitchens, across the landscape. They also find their way into décor, from walls to porcelain, from textiles to everyday objects. Familiar, almost self-evident, and yet never ordinary. A colour laid upon the land, like a constant reminder of sunlight, even in the heart of winter.
At Campisi, the story of the lemon has been told for four generations. The story of a family of growers, beginning with Antonino Campisi, a visionary pioneer, and carried forward today through a balance of fidelity to ancestral gestures and a gaze firmly set on the future. Giuseppe tends the land, while his brother Dario guides the development of the company. Alongside them, the new generation, Nino, Roberto, Ludovica and Barbara, naturally steps into this continuity. It is Barbara who welcomes us. She is in charge of the essential oils. A deep gaze, long ebony hair, and an immediate warmth, unmistakably Italian. At Campisi, everything revolves around transmission, alive and tangible. It can be read in gestures, in glances, in the way each person speaks of this land, without ever claiming to own it.
The lemon of Syracuse benefits from a Protected Geographical Indication (PGI) recognised by the European Union. It refers to a specific cultivar, the Femminello Siracusano. Its name evokes feminine generosity and fertility, reflecting a tree that blossoms five times a year, three times in summer and twice in winter, while most lemon trees produce only two blooms. A rare characteristic that gives rise to fruits with distinct aromatic profiles depending on the harvest period. Primofiore, Bianchetto, Maggiolino, Verdello, Agostaro. This richness is expressed in the fruit itself, through a high concentration of essential oils and a remarkable level of citric acid.
After a brief visit to the nurseries, Roberto, Barbara’s cousin, accompanies us through the groves. He speaks of the trees with precision, but without emphasis, as one speaks of something deeply familiar. The lemon trees grow to two or three metres tall, yet their evergreen foliage gives them an almost protective presence. Heavy branches, laden with yellow fruit, bend under their own generosity. Abundance is everywhere, almost disconcerting. The wind rustles through the leaves, light clings to the fruit. Here, the lemon is a winter fruit, yet it resembles a sun suspended from the branches, a luminous presence as the season softens.
That morning, the harvest is in full swing. A group of men moves between the rows. Some sing softly. The steady sound of boots in the soil, the rustling of leaves, form a simple, repetitive rhythm. In the hollow of gloved hands, a tiny pair of pruning shears with a sharpened blade cuts the fruit cleanly and swiftly. The gestures are precise, continuous, repeated. Harvesting is done exclusively by men. The lemons are heavy. Yellow baskets fill quickly before being transferred into crates. Pietro, Sebastiano, Domenico, and the others. Fleeting smiles, open looks. Up to 500 kilos harvested per man, per day. Here, the land gives without restraint.
At the factory, crates arrive and stack up by the hundreds, by the thousands. Mountains that accumulate and inspire vertigo. Then an extraordinary ballet begins. Poured onto conveyor belts, the lemons roll, cross paths, disappear and reappear, in a continuous, almost hypnotic movement. The eye no longer knows where to settle. Yellow dominates, radiant, vibrant, saturating the gaze. The fruit is washed, sorted, graded, labelled, packed. Men and women monitor, adjust, stack. Human hands and machines move together, seamlessly, in a well-established rhythm. Further on, in a refrigerated space, crates of lemons stack once again, waiting to reach markets, shops, and kitchens across Italy and beyond.
We are also fortunate to visit the areas dedicated to juices, pulp and essential oils. Spaces I am not allowed to photograph. So I look differently.
Lemon essential oil is obtained by cold expression of the peels. It takes around 300 kilos of lemons to produce a single kilo of essence. Depending on the harvest period, the Syracuse lemon reveals different aromatic profiles. Sometimes rounder, sometimes greener, almost saline, but always luminous. Subtle yet very real nuances. Lemon essence is sparkling, tangy, instantly recognisable. A precious material for perfumery, capable of illuminating a composition or giving it a true backbone.
As I leave, the scent of lemon lingers. A vivid, almost biting freshness that clings to the skin. Around me, voices fade, machines gradually fall silent. All that remains is the light, and this landscape punctuated with flashes of yellow.
Here, the lemon is not merely a citrus fruit, but the fruit of a family history and a deep fidelity to the land, dalla nostra terra alle vostre mani.
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Y a-t-il meilleur endroit que la Sicile pour découvrir le citron ?
Symbole de lumière et de soleil estival, il s’épanouit sur tout le bassin méditerranéen, mais ici, à l’est de l’île, du côté de Syracuse, il semble s’enraciner plus profondément encore. Comme si cette terre volcanique, façonnée par le vent et la mer, lui offrait un terrain d’expression unique. Le citron est partout en Sicile. Dans les jardins, les cuisines, les paysages, il s’invite aussi dans les décors, des murs aux porcelaines, des tissus aux objets du quotidien. Familier, presque évident, et pourtant jamais ordinaire. Une couleur posée sur le paysage, comme un rappel constant du soleil, même au cœur de l’hiver.
Chez Campisi, le citron se raconte depuis quatre générations. L’histoire d’une famille de producteurs, qui commence avec Antonino Campisi, pionnier visionnaire, et se poursuit aujourd’hui entre fidélité aux gestes anciens et regard tourné vers l’avenir. Giuseppe veille sur les terres, et son frère Dario accompagne le développement de l’entreprise, tandis que la nouvelle génération, Nino, Roberto, Ludovica et Barbara, s’inscrit naturellement dans cette continuité. Barbara nous reçoit justement, elle est en charge des huiles essentielles. Son regard profond, sa longue chevelure d’ébène, et cette gentillesse immédiate, profondément italienne. Chez Campisi, tout est une affaire de transmission, bien vivante. Elle se lit dans les gestes, dans les regards, dans la manière dont chacun parle de cette terre, sans jamais la posséder vraiment.
Le citron de Syracuse bénéficie d’une Indication Géographique Protégée (IGP) reconnue par l’Union européenne. Il s’agit d’un cultivar précis, le Femminello Siracusano. Son nom fait référence à la générosité féminine, à la fertilité de l’arbre, qui fleurit cinq fois par an, trois fois en été et deux fois en hiver, quand les autres citronniers ne produisent généralement que deux floraisons. Une particularité rare, qui donne naissance à des fruits aux profils aromatiques distincts selon la période de récolte. Primofiore, Bianchetto, Maggiolino, Verdello, Agostaro. Cette richesse s’exprime dans le fruit lui-même, par une concentration élevée d’huiles essentielles et une teneur remarquable en acide citrique.
Après une brève visite des pépinières, Roberto, le cousin de Barbara, nous accompagne dans les vergers. Il parle des arbres avec précision, mais sans emphase, comme on parle de quelque chose que l’on connaît intimement. Les citronniers mesurent deux à trois mètres de haut, mais leur feuillage persistant leur donne une stature presque protectrice. Les branches lourdes, chargées de fruits jaunes, ploient sous leur propre générosité. L’abondance est partout, presque déconcertante. Le vent fait bruisser les feuilles, la lumière s’accroche aux fruits. Ici, le citron est un fruit d’hiver, mais il ressemble à un soleil suspendu aux branches, une présence lumineuse lorsque la saison se fait plus douce.
Ce matin-là, la récolte bat son plein. Un groupe d’hommes avance entre les rangs. Certains chantent à mi-voix. Le son régulier des bottes dans la terre, le froissement des feuilles, composent une musique simple et répétitive. Dans le creux des mains gantées, un minuscule sécateur à la lame aiguisée, qui coupe les fruits de manière franche et rapide. Les gestes sont précis, enchaînés, répétés. Le travail est exclusivement masculin. Les citrons pèsent lourd. Les paniers jaunes se remplissent rapidement avant d’être transférés dans des cagettes. Pietro, Sebastiano, Domenico, et les autres. Des sourires furtifs, des regards francs. Jusqu’à 500 kilos récoltés par homme et par jour. Ici, la terre donne sans compter.
À l’usine, les cagettes arrivent et s’empilent par centaines, par milliers. Des montagnes qui s’accumulent et donnent le vertige. Commence alors un ballet incroyable. Déversés sur les tapis, les citrons roulent, se croisent, disparaissent, réapparaissent, dans un mouvement continu, presque hypnotique. Les yeux ne savent plus où se poser. Le jaune domine, éclatant, vibrant, saturant le regard. Les fruits sont lavés, triés, calibrés, étiquetés, emballés. Des hommes et des femmes surveillent, ajustent, empilent. L’homme et la machine avancent ensemble, sans heurt, dans un rythme bien rodé. Plus loin, dans un espace réfrigéré, les cagettes de citrons s’empilent à nouveau, attendant de rejoindre les marchés, les épiceries et les cuisines de toute l’Italie et d’ailleurs.
Nous avons aussi la chance de visiter les zones dédiées aux jus, à la pulpe et aux huiles essentielles. Des espaces que je ne peux photographier. Alors je regarde autrement.
L’huile essentielle de citron est obtenue par expression à froid des zestes. Il faut environ 300 kilos de citrons pour produire un seul kilo d’essence. Selon la période de récolte, le citron de Syracuse offre plusieurs profils aromatiques. Parfois plus rond, parfois plus vert, presque iodé, mais toujours lumineux. Des nuances fines, mais bien réelles. L’essence de citron est pétillante, acidulée, immédiatement reconnaissable. Une richesse précieuse pour la parfumerie, capable d’illuminer une composition ou de lui donner une véritable colonne vertébrale.
En quittant les lieux, l’odeur du citron persiste. Une fraîcheur vive, presque mordante, qui s’accroche à la peau. Autour de moi, les voix s’éloignent, les machines se taisent peu à peu. Il ne reste que la lumière, et ce paysage ponctué de jaunes éclatants.
Le citron, ici, n’est pas seulement un agrume, mais le fruit d’une histoire de famille et de fidélité à la terre, dalla nostra terra alle vostre mani.
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HARVEST SEASON | All year round
VISIT | Campisi Citrus, Siracusa
WEAR | Colonia, Acqua di Parma